More Than 6 Months On, Novelist Ahmed Naji Awaits Scheduling of Appeal — Arabic Literature (in English)

“We invite all writers, journalists, and those interested in freedom of expression and creativity to attend the Bulaq Abu Al-Aila Misdemeanour court session scheduled for Saturday, August 27 to hear the defense’s motion for a stay of the two year sentence issued against writer#AhmedNaji[.]”

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11 Arabic Books (in Translation) to Read with Teens — Arabic Literature (in English)

“The importance of having children, teens, and young adults engage with literature in translation — literature from other traditions, that builds on different discussions — is an essay for another day. But it is even more essential with Arabic literature[.]”

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Il y a une sorcière dans mon placard CHAPITRE 1

Chapitre 1.

Moi, c’est Antoinette. Mais on m’appelle Noisette, à cause de la couleur de mes yeux. Pourtant il paraît qu’à ma naissance, ils étaient bleus. Va comprendre !

Dès que nous avons emménagé au numéro 22 route de la Source, il y a deux semaines exactement, j’ai eu l’impression qu’il se passait des choses étranges dans cette vieille maison. Une simple impression. Mais plus j’y pense et plus je sais que j’ai raison. Ce n’est pas normal par exemple, de retrouver une des portes de mon placard ouverte quand je rentre de l’école. D’autant plus que cette porte, je ne l’ouvre jamais. J’ai bien dit : jamais. Pas normal que mon fauteuil à bascule se balance tout seul au milieu de la nuit. Pas normal que mon pyjama plié sous mon oreiller le matin arrive au pied du lit, froissé et tiède comme si quelqu’un venait de le porter ! Pas normal du tout.

J’en ai parlé à Pam. Tout ce qu’elle a su dire c’est :”Tu rêves, ma pauvre fille !”

C’est peut-être vrai. Je rêve chaque nuit et même je me souviens de mes rêves et de mes cauchemars. Parfois ça m’inquiète.

Ce dimanche soir, un peu avant le repas, je suis descendue voir maman dans la cuisine. Histoire d’enfoncer le clou et lui rappeler que dans quinze jours j’aurai neuf ans.

  • Je sais ce que je veux pour mon anniversaire.

Elle m’a jeté un regard en coin. Ce n’était probablement pas le bon moment d’en parler. Néanmoins j’ai poursuivi.

  • Un chat.

La bombe était lâchée.

  • D’abord, on ne dit pas “je veux” mais “je voudrais, s’il te plaît etc.” Et pour le chat, la réponse est NON.
  • Pour mon anniversaire, s’il te plaît, je voudrais un chat etc., etc., etc.

Ma mère a secoué la tête. Sa tête des mauvais jours.

  • Pas d’insolence. Non, c’est non. Définitivement.
  • Mais pourquoi ?
  • Parce que.

Alors ça, ce n’est pas une réponse. Même si je l’emploie souvent. C’est plus pratique que d’expliquer.

Bref, il n’y avait rien à faire. Furieuse, j’ai quitté la cuisine, ai monté l’escalier en courant, foncé dans ma chambre et claqué la porte derrière moi. Le plus fort possible.

Et là, sur mon lit, pelotonné en boule : un chat tout noir. Maman avait bien caché son jeu en m’offrant mon cadeau en avance !

Doucement je me suis approchée pour le caresser. J’aurais dû me méfier. Rien. Pas de chat. Mes doigts n’ont rencontré que le vide. Il faut le reconnaître, j’ai paniqué. Je voyais l’animal mais ma main passait au travers. Bref, il y avait un chat fantôme dans ma chambre.

Je crois bien que j’ai crié.

Aussi vite que je l’avais monté, j’ai dévalé l’escalier.

  • Maman… Viens voir. J’ai peur.

Elle m’a regardée comme si j’étais subitement devenue folle. Elle a posé son couteau sur le plan de travail. Un énorme couteau chinois. Celui que je n’ai pas le droit de toucher parce qu’il coupe ! Tous les couteaux coupent. Je ne suis pas débile.

  • C’est à cause du chat que tu m’as donné.
  • Qu’est ce que tu racontes ? Quel chat ?
  • La vérité, maman… Il y a un chat noir endormi sur mon lit. Mais en fait, il y est et il n’y est pas. J’ai voulu le caresser et ma main est passée au travers.

Manifestement elle ne m’a pas crue. Ce qui arrive souvent. Il paraît que j’ai trop d’imagination. Bizarre… A l’école, c’est bien. A la maison, pas terrible !

Maman a repris la découpe minutieuse de ses légumes.

  • Ma chérie, ce n’est pas le moment. Tes grands-parents viennent dîner et je suis en retard. Va finir tes devoirs et reviens mettre le couvert.
  • Mais maman…
  • File. Et change toi avant le repas. Robe et chaussures, ajouta-t-elle en regardant mes pieds nus d’un air désapprobateur.

Quand elle est comme ça, pas la peine d’insister. J’ai renoncé et suis remontée lentement, très lentement cette fois, vers ma chambre. Pam n’étant pas encore revenue de la gym, j’étais seule à l’étage.

J’ai passé la tête par la porte entrebâillée et vérifié mon lit. Pas de chat. Ouf ! Rassurée mais tout de même un tantinet déçue. Un tantinet. C’est une nouvelle expression qui signifie : un peu. Je le sais car Pam qui emploie souvent des mots bizarres comme apothéose, hétéroclite, et bien d’autres que j’oublie aussitôt expliqué.

Pam, c’est ma grande sœur. Elle a quinze ans et ce n’est pas son vrai nom. Elle s’appelle Pamina et elle déteste.

Je n’ai pas eu l’occasion de lui raconter l’histoire du chat car elle est rentrée en retard. Comme d’hab. Comme d’habitude. Papa et maman sont très stricts en ce qui concerne notre façon de parler. Heureusement qu’ils ne viennent jamais dans la cour de récré.

Nous étions tous à table, papa, maman et les parents de papa qui habitent à deux cent mètres d’ici. Les autres grands-parents, ceux de maman, vivent à trois cent kilomètres.

C’était la première fois que notre famille se trouvait réunie dans la nouvelle maison. En fait c’est une très vieille maison. Très, très vieille. Elle date de 1806. Avant, nous vivions en appartement et je devais partager ma chambre avec ma sœur. Parfois c’était bien et souvent, l’horreur.

La ville, papa et maman n’en pouvaient plus. Alors nous avons déménagé. Papa qui est travaille dans un bureau part le matin et rentre souvent tard le soir. Il préfère ça. En attendant il n’y a que quinze jours que nous sommes ici. Maman, elle, reste à la maison. Elle écrit des articles pour des magazines et tient un blog de cuisine et un autre de psychologie. Ce mot là j’ai mis du temps à savoir l’écrire.

Bref nous sommes installés à deux cent mètres de chez Papounet et Mamette. A la campagne mais pas trop loin, a dit maman quand on a acheté la maison.

Pas trop loin de quoi ? Je n’en sais rien. Mes copines sont loin. Mon école est loin. Il faut même prendre un bus pour y aller. Le parc est loin. Bon, en ce qui concerne le parc, ce n’est pas un problème puisque nous sommes à la campagne.

Un des avantages de ce déménagement c’est que Papounet et Mamette sont vraiment tout près. La maison n’est pas mal non plus. Nous avons un jardin immense qui donne d’un côté sur la route, devant l’arrêt du bus scolaire et de l’autre sur un petit bois. Pas un bosquet. Un vrai bois avec des arbres, des ronces et même des chevreuils. J’en ai vu un. Il y a aussi une vieille cabane abandonnée. C’est “ma” forêt. Comme a dit ma meilleure amie Chloé au téléphone : ” Tout le monde n’a pas une forêt dans son jardin !”

Mais le top du top, c’est ma chambre. Ma chambre à moi toute seule. Mes affaires, ma fenêtre, mes fenêtres. J’en ai trois dont deux regardent vers “ma” forêt et une vers le jardin. Mon bureau. Mon placard qui est immense… Il y a même deux lits, un pour moi et un pour une amie, a dit maman. Mais Chloé est restée en ville, à trente-cinq kilomètres d’ici. C’est pour ça que je veux un chat. Je me sens seule. Je pourrais lui parler, m’en occuper, lui raconter mes histoires. Ce serait comme un copain.

Mon anniversaire tombe dans quinze jours, quatre heures et cinquante sept minutes.

Cette chambre, je l’ai choisie. Pam n’était pas là. Quand j’ai ouvert la porte, je l’ai vue. Une maison de poupée. Magnifique. Entre deux fenêtres. Suffisamment grande pour y loger mes barbies. Deux étages, poussiéreuse et entièrement meublée. Mon rêve de toujours. Les anciens propriétaires sont partis en Australie et je doute fort qu’ils décident de la faire transporter à l’autre bout du monde.

Je reprends. Pam est arrivée au milieu du dîner. Souriante, épanouie, ravie… En retard. J’adore ma sœur mais je suis rudement contente d’être seule dans ma chambre. Seule avec un chat.

Même si elle me taquine souvent, je sais que Pam va me soutenir. Pour le chat. Idem pour Papounet et Mamette. Idem, ça veut dire : pareil.

  • Alors, les filles, heureuses de vivre à la campagne ? a demandé Papounet en reprenant une part de crumble.
  • Génial, a répondu Pam, la bouche pleine.

Génial, c’est un de ses mots favoris. Surtout quand elle ne sait pas trop quoi répondre. Avec elle, tout peut être génial. Du saucisson, un film, un garçon, un bijou, un cheval ( Pam est cavalière ), un livre. Rarement un prof.

  • Et toi, ma Noisette ?
  • Pas mal. Mais… Il manque quelque chose.
  • Quoi ?
  • Des animaux. Nous sommes à la campagne… Un cheval pour Pam, une chèvre pour tondre les pelouses, un chien pour nous garder et un chat pour chasser les souris.

Au mot “chat” Maman a froncé les sourcils. Il faut dire à sa défense qu’elle est allergique. À tout. Pollen, poussière… Elle est la reine du ménage. Ici elle va être servie… Alors un chat et quelques poils… Je ne vois pas le problème.

Papa refuse de se mêler de ce genre de discussion.

  • Il y a peut-être une solution, a déclaré Mamette.

Silence absolu autour de la table. Comme si le temps venait de s’arrêter. Mamette a souri finement.

  • Nous avons l’intention d’en prendre un. Il y a vraiment trop de mulots et autres rongeurs dans la grange. Nos amis Berthier ont six petits prêts pour adoption d’ici une quinzaine.
  • Oui, a repris Papounet en me faisant un clin d’œil. Et Noisette pourrait venir nous aider à l’éduquer.

Maman a soupiré.

  • Du moment que cette bête ne pose pas une patte chez moi, je ne vois pas ce que je peux dire ! De toute manière, c’est votre choix, a-t-elle déclaré d’un air pincé. Celui qu’elle prend parfois en discutant avec Mamette.
  • Quelqu’un reprendra une part de crumble ? a demandé papa en se servant généreusement.

La soirée s’est achevée sans qu’on reparle de chat. Une fois couchée j’ai repensé à tout ça. Dans quinze jours, je vais avoir neuf ans. Et je veux un petit chat. Tout noir. Comme celui que j’ai vu ou… cru voir sur mon lit avant le dîner.

Quand Pam est venue me dire bonsoir, je lui ai tout raconté. Il paraît que c’est une hallucination. Encore un des grands mots de Pam. Bref, je suis en train de perdre la tête.

Lundi. Je crois que Pam a raison. J’ai des hallucinations. En me réveillant ce matin, j’ai revu ce chat. Il était assis sur le rebord de la fenêtre et regardait dehors. Je l’ai appelé.

  • Minou, Minou…
  • Bonjour petite Noisette.
  • Pam, Pam…

Ma sœur est entrée en trombe dans ma chambre, les cheveux blancs de champoing. Je me suis cachée sous la couette.

  • Qu’est-ce qui se passe ?
  • Sur la fenêtre…
  • Quoi ?
  • Le chat noir ?
  • Quel chat ?
  • Tu le vois bien…
  • Ben non.

J’ai sorti la tête. Elle avait raison. Rien. Pas l’ombre d’un chat.

  • Je te jure, il y avait un chat. Il m’a parlé.
  • Alors là, ma pauvre fille, tu deviens folle.
  • Ne dis rien aux parents…

Elle a haussé les épaules et la mousse du champoing est tombée par terre.

  • Folle ou pas, je m’en fiche, mais tu ferais bien de te dépêcher où tu vas être en retard.

Dans le bus, quand j’ai tourné la tête vers la maison, je l’ai vu. Je le jure. Un chat noir, perché sur notre boîte à lettres. Il me regardait. Un chat noir aux yeux bleus.